Les moulins de Tréauville

Sur le territoire de Tréauville, au fil de la Diélette, d’amont en aval, cinq moulins à eau étaient en activité à la fin du XIXe siècle : le moulin de la Nation ou moulin Hébert, le moulin de l’Eglise, le moulin Le Laidier, le moulin d’Arondel et le moulin de Diélette. Nous vous proposons de découvrir l’histoire de ces moulins dont tout ou partie est encore visible.

Le moulin de la Nation

Le moulin de la Nation appartenant vers 1875 à Alexandre et Joseph Hébert, équipé initialement d’une roue, se modernisa lorsque Louis Hébert y fit monter une chaudière à vapeur dont l’imposante cheminée en brique est encore visible. Un moteur électrique utilisant l’énergie produite par le moulin Piquet de Benoistville fut ensuite installé. Le moulin pris un caractère industriel. Fonctionnaient alors des meules à cylindres. Le rendement était d’un sac et demi de farine à l’heure, sans compter les moutures secondaires. La modernisation de ce moulin hâta la fermeture des autres moulins à l’exception du moulin d’Arondel.

Autrefois, le cache-pouque (commis du meunier) acheminait la farine vers la gare de Couville avec deux attelages de quatre chevaux. Plus tard, dans les années 1930-35, les écoliers de Tréauville voyaient Charles Hébert passer devant l’école pour livrer sa farine avec son camion.

Le moulin de l’Eglise

Les murs du moulin de l’Eglise sont encore visibles au 9 l’Eglise. La toiture a disparu mais le pignon et un bel escalier extérieur en pierre subsistent. On peut aussi suivre le tracé de l’ancien canal de dérivation de la rivière, aujourd’hui asséché. Entre l’après-guerre et 1974 (date d’installation du service d’eau), Auguste Lajoye, le boulanger de Tréauville, n’avait que la rue à traverser pour descendre au pied du moulin et puiser à une fontaine l’eau claire pour faire son pain. Pour la farine, il devait se fournir ailleurs, le moulin avait cessé son activité depuis un certain temps.

Le moulin Le Laidier

Le moulin Le Laidier, appelé également moulin de Couilly, auquel on accède par une allée bordée de murets et de haies, est isolé au milieu des vertes prairies traversées par la Diélette. Il se compose d’un beau corps de bâtiment et d’une annexe. A l’arrière, la roue a disparu, mais la chute d’eau du bief laisse imaginer la force hydraulique qui devait la faire tourner. La famille Le Laidier propriétaire de la ferme de Couilly d’au moins 1826 à l’avant-guerre a donné son nom au moulin situé en face. Avant l’électrification de la commune en 1936, le moulin fournissait de l’électricité à la ferme de Couilly.

Trois paires de meules étaient installés dans le moulin, une pour le blé, une pour le sarrasin et une pour l’orge et l’avoine. La mouture obtenue était élevée vers le blutoir par des godets rivetés sur une courroie en cuir. Le blutoir était un genre de tambour avec deux toiles à mailles fines, tendues pour tamiser la farine. Le son, séparé de la farine, servait à l’alimentation des animaux. Des ouvriers spécialisés venaient régulièrement au moulin refaire les sillons des meules et entretenir les engrenages en bois. La roue entrainait le rouet et la lanterne pour obtenir la rotation de la meule tournante. Jour et nuit, le meunier devait recharger la trémie à grain, une clochette le prévenait dès qu’il ne restait plus que 2 ou 3 kg. Deux « cache-pouques » allaient chercher le grain dans les fermes et livraient la farine à dos de mule ou en maringotte tirée par deux chevaux.

Le moulin d’Arondel

Le moulin d’Arondel est cité dans des textes anciens. Il existait bien avant la révolution de 1789 et figure sur la carte de Cassini. L’actuel moulin date de 1846, comme le montre l’inscription au-dessus d’une porte. Le bâtiment et les installations subsistent à peu près intacts. Le moulin rendit beaucoup de service pendant la seconde guerre mondiale et resta en activité jusqu’au début des années 1950. A l’origine, ce moulin appartenait au château de Flamanville jusqu’à ce qu’il soit vendu lors du partage de la succession du Marquis de Sesmaisons à Théogène Polycarpe Allais en 1872. Il sera revendu par adjudication en 1918 aux enchères publiques à Julien Létablier, grand-père de l’actuelle propriétaire. L’acte notarié de cette vente comporte la clause suivante : « Le propriétaire du moulin d’Arondel conservera sur les prairies de la Chaussée et du manoir les droits de vanne, de déversoir et autres attachés à l’usine tels qu’ils s’exercent actuellement, avec tous les droits de passage nécessaires pour les exercer ». Le moulin est situé entre la ferme de la Chaussée et le manoir de Tréauville. La chaussée est un terme lié au moulin : une chaussée désignait le chemin surélevé qui mène au moulin.

Arondel est le mieux conservé des moulins de Tréauville sur la Diélette car il possède encore ses mécanismes et deux paires de meules en bon état. Sa roue métallique est toujours en fonctionnement. La hauteur de chute d’eau est de 2,30 mètres exploitables avec un débit de 80 l/s. Le moulin produisait aussi de l’électricité pour la ferme de la Chaussée. Le tableau électrique avec son voltmètre ainsi que la poulie en bois de la courroie qui actionnait l’alternateur ont été conservés.

Le moulin de Diélette

Le moulin de Diélette était situé sur l’embouchure, derrière le nouveau restaurant « Le Renard ». Des photographies anciennes montrent qu’il était doté d’une roue mue par le dessous par le courant canalisé de la Diélette.

Les archives départementales de la Manche nous apprennent que les propriétés en amont du moulin de Diélette étant continuellement inondées, les débouchés de la rivière dans la mer étant insuffisants, le Marquis de Sesmaisons rédigea à l’intention du préfet, une pétition en date du 3 juin 1861, visant à obtenir la réglementation du moulin de Diélette. La demande fut plus tard soumise à une enquête de 20 jours conduisant à un arrêté préfectoral du 20 août 1863 « réglant les conditions d’existence du moulin ». Cet arrêté imposa à François Ferey, propriétaire du moulin, un règlement qui prescrit des travaux sur les ouvrages hydrauliques. L’arrêté accorde un délai de 1 an pour les réaliser. A l’issue de ce délai, une visite de récolement du 10 novembre 1864 conclue que les seuils des vannes nouvelles, construites près du déversoir, ne sont pas au niveau fixé. Le Sieur Ferey fut mis en demeure par arrêté préfectoral du 22 décembre 1864 d’exécuter les travaux de mise en conformité sous 6 mois. Il s’en acquitta comme en atteste un procès-verbal daté du 10 novembre 1865.

Sur des cartes postales des années 1920, le moulin n’a plus sa roue et les ouvertures du pignon sont murées. Des publications indiquent que les Allemands le trouvant gênant pour diriger les tirs l’ont malheureusement détruit en 1943. Cette destruction concernait la toiture et la charpente, le moulin en ruine figure sur des cartes postales des années 1950. Actuellement, les seuls vestiges apparents sont des linteaux en pierre qui couvrent le cours d’eau. S’il n’avait pas été détruit, ce moulin serait sans doute un pôle d’attraction pour les visiteurs sur le port de Diélette.

Rédacteur : Christophe Tougeron                Version du 27 février 2025

Sources :

  • Publication de la Société d’Archéologie de la Manche – mélanges – deuxième série (1973)
  • Livre « Canton des Pieux, ainsi va la vie » de Michel Giard
  • Documents consultés aux archives départementales de la Manche
  • Archives privées du moulin d’Arondel
  • Vikland la revue du Cotentin n°14
  • Vikland la revue du Cotentin n°15
  • Livre « Le moulin et le meunier » de Claude Rivals
  • Villagecotentin.canalblog.com
  • Cahier aide-mémoire de Robert Brisset (moulin Le Laidier)
  • Témoignage de Madame Djabali, ancienne propriétaire du moulin de l’Eglise

Photographies : Christophe Tougeron

Cartes postales anciennes : Collection de Christophe Tougeron

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