Des corsaires dans le cimetière

Des marins corsaires de Surcouf inhumés à Tréauville

Dans le cimetière de Tréauville, quatre corsaires ont été inhumés. Ces marins débarqués au port de Diélette y sont décédés des suites de leurs blessures lors du combat naval victorieux du navire français Le Renard, appartenant au célèbre corsaire malouin Robert Surcouf, contre la goélette anglaise l’Alphéa le 10 septembre 1813.  Le capitaine Emmanuel Leroux -Desrochettes, le lieutenant Louis Duval-Ramerie, le matelot Mathieu Bragaja, et le mousse Thomas Le Pelletier reposent dans le cimetière communal. Chaque année depuis 1984, généralement le premier dimanche de septembre, une cérémonie du souvenir de ces corsaires du Renard est organisée par la commune de Tréauville avec la participation du Souvenir Français et des Associations d’anciens combattants du canton des Pieux.

Le Renard.

Dans les derniers mois de l’année 1812, Robert Surcouf, désireux de continuer la lutte avec les Anglais, avait fait construire à Saint-Malo un bâtiment destiné à la course. C’était un cotre de 70 tonneaux, armé de dix caronades de huit et de quatre canons de quatre qu’il nomma Le Renard.

Dûment autorisé à faire la course, d’où le nom de corsaire, par une lettre de marque signée à Paris en date du 22 février 1813, Le Renard avait déjà réalisé deux expéditions quand il quitta l’île de Batz au soir du 8 septembre 1813 avec un équipage de 49 hommes.

Après avoir traversé la Manche pendant la nuit, il se trouvait non loin des côtes anglaises dans la matinée du 9 septembre, à quatre lieues environ au Sud-Ouest de Start Point. Vers cinq heures du soir, il fut pris en chasse par la goélette de guerre anglaise L’Alphéa, dont il s’était approché pour la reconnaître. Le Renard avait affaire à forte partie. L’Alphéa, commandée par le lieutenant William Jones, était une belle goélette armée de 16 canons de douze et de 16 pierriers, avec un équipage de 80 hommes d’élite.

La distance entre les deux navires s’amenuisant, l’ennemi engagea le feu vers 1h du matin ce 10 septembre 1813. Ce combat naval nocturne fut très inégal, L’Alphéa disposant d’une puissance de feu et d’un nombre de marins largement supérieurs. Mais Le Renard rendit coup pour coup et tenta même deux abordages. 

Combat naval du Renard contre L’Alphéa.

Le combat faisait rage depuis deux heures et demie, quand deux coups de canon partirent en même temps du Renard et atteignirent les flancs de la goélette. Immédiatement, une flamme vive apparue, s’élevant des panneaux du navire anglais au milieu d’une effroyable détonation. Les boulets français avaient atteint la réserve de poudre ; L’Alphéa sauta et s’abîma dans les flots. Pas un seul des 80 marins ne survécut. Des hommes qui formaient l’équipage du Renard, 13 seulement étaient en état de manœuvrer, 31 étaient blessés, 5 avaient été tués.

Dès l’aube, les corsaires valides réalisèrent des réparations de fortune. Le capitaine grièvement blessé avec le bras droit arraché, décida de faire route vers le port de Cherbourg où l’équipage pourrait recevoir les secours dont il avait besoin. Le Renard fut dérouté en raison de la marée vers le port de Diélette ou les habitants et la châtelaine de Flamanville offrirent généreusement leurs services. Les blessés les plus graves furent pris en charge chez l’aubergiste David Buhot. Le capitaine Leroux-Desrochettes dont l’état de la blessure s’était aggravé, le lieutenant Duval-Ramerie, une jambe coupée, le matelot Bragaja blessé par balles et le mousse Le Pelletier, le bras gauche arraché, ne survécurent pas à leurs blessures et furent enterrés à Tréauville, commune dont dépendait Diélette à l’époque.

Une pierre tombale fut posée par le fils du lieutenant Duval-Ramerie en 1852. Après de nombreuses années d’abandon la tombe fut restaurée par le Souvenir Français en 1932.

Equipage du Renard près de la tombe lors du bicentenaire en 2013.

Revenu à Saint-Malo, les dommages subis par le navire nécessiteront sa reconstruction. Il put reprendre du service en janvier 1814, mais quelques mois plus tard avec l’abdication de l’empereur Napoléon Ier, les officiers du navire décidèrent alors de mettre fin aux expéditions. Le combat du Renard et de L’Alphéa fut l’ultime exploit corsaire de l’époque napoléonienne.

Le Renard a fait l’objet d’une reconstitution. Elle mesure trente mètres de long pour une voilure maximum de 464 m2 au portant. Depuis son lancement en 1991, le bateau accueille régulièrement des passagers à bord. Il participe aussi à des manifestations nautiques internationales prestigieuses comme l’armada de Rouen. En juillet 2013, à l’occasion du bicentenaire du combat naval, Le Renard était présent à Diélette avec d’autres vieux gréements.

Entrée du Renard dans le port de Diélette en 2013.

Rédacteur : Christophe Tougeron

Sources :

– Note sur les marins de Robert Surcouf inhumés à Tréauville par Robert Asselin

– Livre « Surcouf de Saint-Malo aux Indes la vie du roi des corsaires » par Robert Surcouf son descendant

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